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Formation ou université : que regarder en premier

En 2002, les économistes Stacy Dale et Alan Krueger ont publié dans le Quarterly Journal of Economics un résultat qui a déstabilisé beaucoup de conseillers en orientation : des diplômés aux ambitions équivalentes — ayant postulé dans les mêmes établissements mais intégré des écoles de prestige différent — gagnaient pareil vingt ans plus tard. La question « dans quelle école ? » s'est révélée être la mauvaise question.

En bref

La filière — ce que tu vas faire pendant quatre ans — explique davantage la variance des résultats que le classement de l'établissement. Le méta-analyse de De Vries, Meeter et Huizinga (Educational Research Review, 2024) a montré que l'adéquation de tes intérêts avec ton cursus prédit les résultats académiques et le risque d'abandon. L'établissement est le contenant ; la formation est le contenu. Commence par le second.

7 min de lectureÉtudes supérieures8 septembre 2026

Presque toutes les familles ont en tête un classement non écrit : cette école est bonne, celle-là acceptable, cette autre à éviter. La logique est compréhensible — le diplôme joue le rôle de signal sur le marché du travail. Le Nobel Michael Spence a formalisé cette idée en 1973 : un diplôme coûteux aide les employeurs à filtrer des candidats aux parcours similaires. Mais Dale et Krueger ont montré trois décennies plus tard que, lorsqu'on contrôle l'ambition propre de l'étudiant, ce signal perd de sa force. Ce qui reste après l'avoir retiré est plus instructif.

Quand le prestige de l'établissement cesse de compter

Dale et Krueger ont sélectionné des étudiants ayant postulé dans les mêmes universités. Certains ont intégré des établissements plus sélectifs, d'autres des établissements moins sélectifs. Vingt ans après, les salaires des deux groupes étaient indiscernables. L'exception était précise : les étudiants issus de familles à faibles revenus bénéficiaient bien d'un avantage réel grâce au réseau d'une école d'élite. Pour les autres, ce qui comptait n'était pas le tampon sur le diplôme, mais ce que la personne avait étudié.

Le Georgetown Center on Education and the Workforce chiffre l'écart sur le marché américain : la différence de salaire médian annuel entre les filières de licence dépasse 100 000 dollars. C'est plus grand que l'écart entre les diplômés de l'université la plus et la moins prestigieuse dans la même famille de métiers. Le marché mesure le contenu de ce que tu sais, pas l'adresse où tu l'as appris.

Ce qui prédit si tu iras au bout

L'économie répond à la question sur les revenus futurs. La psychologie répond à une autre : vas-tu décrocher en deuxième année ? Environ 30 % des étudiants de première année aux États-Unis changent de filière dans les trois premières années (NCES, 2018) — le plus souvent non pas parce qu'ils ont changé d'avis sur leur métier, mais parce que le contenu des cours leur a semblé étranger. En 2024, De Vries, Meeter et Huizinga ont publié dans Educational Research Review un méta-analyse portant sur l'adéquation entre les intérêts des étudiants et leur cursus. Le résultat est cohérent : les étudiants dont les intérêts correspondent au contenu de leur formation réussissent mieux et abandonnent moins souvent avant d'obtenir leur diplôme. L'effet est plus modeste que dans l'environnement professionnel, mais il est stable — et il se renforce lorsque la mesure des intérêts prend en compte le profil complet, et non deux ou trois questions.

L'adéquation avec le contenu de sa formation n'est pas un luxe psychologique. C'est un prédicteur mesurable de si l'on ira au bout de son diplôme.

La même logique vue depuis l'autre bout

Ce principe a son miroir dans la psychologie organisationnelle. Le méta-analyse de Kristof-Brown, Zimmerman et Johnson dans Personnel Psychology (2005) a synthétisé 172 études et 836 tailles d'effet. La conclusion centrale : l'adéquation personne-poste — dans quelle mesure les intérêts et compétences de quelqu'un correspondent au travail réel qu'il effectue — prédit la satisfaction et la performance plus fortement que l'adéquation personne-organisation, qui mesure l'affinité avec la culture et la marque de l'employeur. Ce qu'on fait importe davantage que là où on le fait. Transposé au choix de la formation : la filière est le contenu, l'établissement est l'organisation.

Comment utiliser cela pour choisir

Rien de tout cela ne signifie que l'établissement soit sans importance. La qualité des enseignants, l'accès aux stages, le réseau des anciens — ce sont des variables réelles. Mais elles sont secondaires. La première question est : que vais-je faire concrètement ? Cinq à six heures de cours par jour, c'est beaucoup de contenu étranger si la formation a été choisie pour son étiquette.

Une vérification pratique : prends trois ou quatre filières qui t'intéressent vraiment. Consulte le programme des deux premières années. La question n'est pas « est-ce que ça sonne bien ? », mais « est-ce que je veux passer mes journées à travailler là-dessus ? ». Ce n'est qu'ensuite qu'il est pertinent de comparer dans quels établissements ce cursus est enseigné avec la plus grande qualité.

Ce que tu peux faire maintenant

  1. Commence par le contenu : demande-toi quels types de tâches et de domaines t'attirent vraiment — même si la réponse est encore floue.
  2. Fais le test d'orientation gratuit — 15 minutes. Il traduit tes intérêts en profil et identifie les filières avec la plus forte adéquation.
  3. Choisis une formation — 2 à 4 options avec une forte correspondance. Étudie le programme des deux premières années : regarde les tâches, pas seulement les intitulés des matières.
  4. Choisis l'établissement parmi ceux où cette formation est enseignée avec sérieux : regarde les enseignants, les stages et les débouchés réels — pas uniquement le classement.

Questions fréquentes

Est-ce que le nom de l'établissement compte vraiment ?

Ça dépend du contexte. Dale et Krueger (2002, Quarterly Journal of Economics) ont montré que des étudiants aux ambitions équivalentes gagnaient pareil vingt ans plus tard — quel que soit le prestige de leur école. L'exception concerne les étudiants issus de milieux modestes, pour qui le réseau d'une grande école apporte un avantage réel. Pour la plupart, le choix de la filière explique davantage la variance des résultats que le classement.

Que faire si plusieurs domaines m'intéressent autant ?

Passe un test d'orientation : il traduit tes intérêts en profil RIASEC et montre où ils se croisent avec des filières réelles. Il ne donne pas une réponse unique — il réduit le champ à 3 ou 4 directions à explorer de l'intérieur : consulte le programme, les tâches concrètes et à quoi ressemble une journée type dans ce métier.

Peut-on changer de filière après ?

Oui, et c'est fréquent. Environ 30 % des étudiants de première année aux États-Unis changent de filière dans les trois premières années (NCES, 2018). En France, les réorientations en fin de licence 1 sont prévues par le système — elles restent néanmoins coûteuses en temps. Ce premier choix n'est pas définitif, mais il conditionne le point de départ.

Sources

  1. Dale, S. B., & Krueger, A. B. (2002). Estimating the Payoff to Attending a More Selective College. Quarterly Journal of Economics, 117(4), 1491–1527. academic.oup.com
  2. De Vries, R., Meeter, M., & Huizinga, M. (2024). Does interest fit between student and study program lead to better outcomes? A meta-analysis. Educational Research Review, 44. sciencedirect.com
  3. Kristof-Brown, A. L., Zimmerman, R. D., & Johnson, E. C. (2005). Consequences of individuals' fit at work: A meta-analysis. Personnel Psychology, 58(2), 281–342. onlinelibrary.wiley.com
  4. Georgetown Center on Education and the Workforce. The Major Payoff: Evaluating Earnings and Employment Outcomes Across Bachelor's Degrees. cew.georgetown.edu
  5. National Center for Education Statistics (2018). Beginning College Students Who Change Their Majors Within 3 Years of Enrollment (NCES 2018-434). nces.ed.gov

Cet article a un caractère éducatif et ne constitue pas un conseil professionnel.

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