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Aucune idée de métier : par où commencer ?

En mai 2025, l'OCDE a publié un rapport sur 690 000 adolescents dans 81 pays : 39 % des jeunes de 15 ans n'ont pas d'attentes professionnelles claires, soit deux fois plus qu'il y a dix ans. Ce n'est pas une crise générationnelle, c'est un problème structurel avec trois causes distinctes. Et chacune appelle une réponse différente.

En bref

En 1996, le psychologue Itamar Gati et ses collègues ont réparti les difficultés de choix de carrière en trois types : manque de disposition, manque d'informations, informations contradictoires. Le conseil habituel — « essaie des choses différentes » — ne fonctionne que pour l'un d'entre eux. Savoir dans lequel tu te trouves, c'est déjà la moitié du chemin.

7 min de lectureMéthode et orientation professionnelle28 août 2026

On te demande ce que tu veux faire dans la vie avant que tu aies les outils pour répondre. Au collège. Avant le bac. À l'inscription en fac. Chaque fois sans réponse, un peu plus d'angoisse que quelque chose cloche spécifiquement en toi. Ce n'est pas le cas. En mai 2025, l'OCDE a présenté « The State of Global Teenage Career Preparation » — une analyse de 690 000 adolescents dans 81 pays — et a constaté que 39 % des jeunes de 15 ans n'ont pas d'attentes professionnelles claires. Il y a dix ans, cette proportion était à peu près deux fois moindre. Ne pas savoir est désormais la position majoritaire, pas l'exception.

Pourquoi « essaie des choses » ne marche pas toujours

La réponse habituelle face à ce sentiment de flottement : essaie des choses différentes, vois ce qui accroche. C'est un conseil raisonnable — mais seulement pour l'une des trois situations possibles.

En 1996, le psychologue israélien Itamar Gati, avec Krausz et Osipow, a publié une taxonomie des difficultés dans la prise de décision vocationnelle et construit le Questionnaire de difficultés dans la décision de carrière (CDDQ). Depuis lors, l'outil a été traduit en 48 langues et testé dans plus de 60 pays — c'est l'un des cadres les plus répliqués en psychologie vocationnelle. Gati a identifié trois groupes.

Groupe un : manque de disposition. Il y a de l'anxiété, on procrastine, la conviction que n'importe quelle décision maintenant sera mauvaise. Le problème n'est pas un manque d'information — c'est que les enjeux semblent insupportablement élevés.

Groupe deux : manque d'informations. Sur soi-même : quelles tâches donnent vraiment de l'énergie, lesquelles épuisent. Ou sur les métiers : à quoi ressemble le travail de l'intérieur, pas ce que le titre du poste suggère. Ou sur le processus lui-même : par où commencer.

Groupe trois : informations contradictoires. Il y a des options, mais aucune ne l'emporte clairement. Ou les intérêts pointent dans une direction pendant que la famille, le marché ou ses propres peurs tirent dans une autre.

Essayer de nouvelles choses aide dans le deuxième groupe. Dans le premier, tant que l'anxiété ne baisse pas, l'expérience est vécue comme une pression, pas comme une donnée. Dans le troisième, plus d'expériences rompent rarement l'égalité — ce qui manque n'est pas plus d'information, mais une priorité claire.

Que faire dans chaque cas

Pas de disposition. Commencer par réduire la pression. En France, selon la DARES, la mobilité professionnelle concerne chaque année près d'un actif sur cinq — les reconversions sectorielles font partie d'une trajectoire normale. La décision d'aujourd'hui n'est pas définitive : c'est une direction pour les prochaines années, pas un engagement à vie.

Pas d'informations sur soi. Un test d'intérêts donne une vraie base. Le modèle RIASEC traduit un vague « j'aime ça » en un profil concret, puis compare ce profil à des métiers selon leurs tâches réelles — pas leur intitulé. Si tu ne sais pas ce qui t'attire, ce n'est pas de la paresse — c'est un manque de données sur toi-même. Un bon test, c'est comment les obtenir.

Pas d'informations sur les métiers. Ce qu'une fiche de poste dit et ce qu'est le travail un mardi matin sont souvent deux choses différentes. Lire ce que fait quelqu'un avant midi — quelles décisions il prend, quelles tâches reviennent, ce qui constitue une bonne journée — vaut plus qu'une nouvelle liste de « secteurs porteurs ». Astrolab cartographie cela pour chaque métier, avec des données de salaires propres à la France.

Informations contradictoires. Plus d'options ne rompt pas l'égalité. Ce qui aide, c'est de rendre les priorités explicites : stabilité ou flexibilité, travailler avec des gens ou seul, résultat concret ou processus long. Une fois les priorités claires, le choix se résout souvent de lui-même.

Un fait gênant sur la façon dont les décisions de carrière se prennent vraiment

En 1999, John Krumboltz et ses collègues ont publié dans le Journal of Counseling & Development une observation qui reste inconfortable : la plupart des grandes décisions de carrière sont le résultat d'événements non planifiés. Une conversation fortuite. Un livre pris par hasard. Un stage fait parce qu'un ami y allait. Krumboltz a appelé cela le « planned happenstance » — le hasard planifié. Non parce que le hasard se planifie, mais parce que la personne qui reste en mouvement et remarque l'inattendu arrive à son choix professionnel d'une façon très différente de celle qui attend d'avoir tout compris avant de faire le premier pas.

Krumboltz a écrit que l'orientation professionnelle a traditionnellement cherché à éliminer le hasard des décisions de carrière — et que c'est précisément ce qui empêche les gens de saisir les opportunités inattendues qui s'avèrent finalement les plus importantes.

Attendre le moment où l'on « comprendra enfin tout » a un très mauvais bilan. L'incertitude est un état de travail, pas une panne temporaire.

Que faire maintenant

  1. Identifie dans quel groupe de Gati tu te trouves : anxiété et procrastination, manque de connaissance de soi ou des métiers, ou plusieurs options sans gagnant clair. Ce sont des problèmes différents avec des solutions différentes.
  2. Si le problème est la connaissance de soi, fais le test d'orientation gratuit. 15 minutes, sans inscription. Tu obtiendras un profil d'intérêts et des métiers correspondants avec des données réelles pour la France.
  3. N'attends pas d'avoir tout compris pour te mettre en mouvement. N'importe quelle action — une conversation avec quelqu'un qui fait ce métier, lire une description honnête d'un poste — produit des données que tu n'as pas encore.
  4. Reviens sur la question dans six à douze mois. Ce qui ressemble à du brouillard maintenant ressemble souvent à un chemin quand on est en marche.

Questions fréquentes

À quel âge sait-on généralement quel métier on veut faire ?

Les intérêts vocationnels stables se consolident entre 18 et 25 ans et continuent de s'affiner jusqu'à 30 ans et au-delà. Changer de cap à 20 ans est normal : selon le NCES (2018), environ 30 % des étudiants américains de première année changent de filière dans les trois premières années. Le sentiment d'avoir dû le savoir plus tôt, c'est de la pression sociale, pas un fait.

Que faire si j'ai déjà essayé des choses et que je ne sais toujours pas ?

C'est le signe que le problème n'est pas un manque d'expérience. Selon la classification de Gati, c'est probablement le deuxième ou le troisième groupe : soit tu ne lis pas ce qui t'a donné de l'énergie, soit tu as des options mais tu ne sais pas les hiérarchiser. Multiplier les essais n'arrangera ni l'un ni l'autre — ce qui aide, c'est de s'arrêter et de se demander : dans ce que j'ai fait, quand ai-je perdu la notion du temps, et pourquoi ?

Vaut-il mieux s'inscrire en fac si on n'a aucune idée de ce qu'on veut ?

Cela dépend du domaine. Dans certains secteurs, une année de différence change peu ; dans d'autres, attendre coûte plus cher. Sans orientation, une pause active d'exploration — des échanges avec des professionnels en poste, un test d'intérêts, des stages courts — vaut mieux que s'inscrire dans n'importe quoi et changer l'année suivante quand même. Une pause, ce n'est pas du repos ; c'est du mouvement délibéré.

Sources

  1. OCDE (2025). The State of Global Teenage Career Preparation. D'après les données PISA 2022 (N = 690 000, 81 pays). oecd.org
  2. Gati, I., Krausz, M., & Osipow, S. H. (1996). A Taxonomy of Difficulties in Career Decision Making. Journal of Vocational Behavior, 49(2), 151–168.
  3. Mitchell, K. E., Levin, A. S., & Krumboltz, J. D. (1999). Planned Happenstance: Constructing Unexpected Career Opportunities. Journal of Counseling & Development, 77(2), 115–124. doi.org/10.1002/j.1556-6676.1999.tb02431.x
  4. National Center for Education Statistics (2018). Beginning College Students Who Change Their Majors Within 3 Years of Enrollment (NCES 2018-434). nces.ed.gov

Cet article a un caractère éducatif et ne constitue pas un conseil d'orientation professionnelle. Le résultat du test est une évaluation basée sur le modèle RIASEC, pas un diagnostic.

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